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Antarctique : comment 695 milliards de tonnes de glace se sont accumulées en 22 mois

Masses glaciaires empilees verticalement sur plateau blanc

Un chiffre qui donne le vertige : 695 milliards de tonnes de glace en plus sur la calotte glaciaire antarctique en seulement 22 mois. De quoi faire douter du réchauffement climatique ? Pas si vite. Voici ce que révèle vraiment cette étude internationale, et pourquoi elle ne contredit rien de ce qu’on sait déjà.

Le phénomène : 695 milliards de tonnes de glace accumulées en 22 mois

Des chercheurs ont mesuré une hausse spectaculaire du bilan de masse de l’Antarctique entre 2021 et 2023. Sur cette période de 22 mois, la calotte glaciaire a gagné 695 milliards de tonnes de glace, un record qui inverse temporairement une tendance vieille de plusieurs décennies. Les satellites de mesure gravimétrique, capables de détecter les moindres variations de masse à la surface du continent, ont capté ce sursaut sans précédent depuis le début des relevés modernes.

Pour donner un ordre d’idée, l’Antarctique avait perdu environ 12 000 milliards de tonnes de glace depuis 1979 selon les études de référence sur la fonte des glaces. Le gain de 695 milliards de tonnes reste donc marginal à l’échelle de cette perte cumulée, même s’il représente un événement statistiquement remarquable sur une aussi courte fenêtre temporelle.

L’ordre de grandeur à retenir

695 milliards de tonnes de glace en plus, face à 12 000 milliards perdus depuis 1979. Le gain récent compense moins de 6 % de la perte accumulée sur 45 ans.

Les mécanismes derrière cette accumulation inattendue

Ce record ne relève ni d’un miracle ni d’un retournement climatique. Il s’explique par une série d’épisodes de précipitations exceptionnelles survenus sur le continent antarctique entre 2021 et 2023. Des masses d’air humide, poussées par des configurations atmosphériques particulières, ont déversé d’importantes quantités de neige sur la glace continentale, notamment dans certaines régions de l’Antarctique de l’Est.

Cette neige accumulée finit par se compacter et s’ajouter à la masse totale de la calotte glaciaire, ce qui explique l’essentiel du gain mesuré. Les chercheurs parlent ici de variabilité naturelle : le système climatique connaît des oscillations d’une année à l’autre, influencées par des phénomènes comme la vague de chaleur meurtrière liée à El Niño ou La Niña, qui modifient la circulation atmosphérique et donc les précipitations sur les pôles. Ce type d’épisode s’était déjà produit par le passé, sans jamais durer.

Il faut aussi distinguer la glace continentale, celle qui compose la calotte glaciaire proprement dite, de la banquise et de la glace de mer, qui se forme et fond au gré des saisons à la surface de l’océan Austral. Le record de 695 milliards de tonnes concerne la première catégorie, celle qui pèse le plus lourd dans les projections d’élévation du niveau des mers.

Cela remet-il en question le réchauffement climatique ?

Glaciers fondant malgre les chutes de neige abondantes

La réponse tient en un mot : non. Un épisode de 22 mois, même spectaculaire, ne fait pas une tendance long terme. Le climat se lit sur des décennies, pas sur deux années de précipitations abondantes. Les scientifiques à l’origine de cette étude internationale sont unanimes sur ce point : ce gain ponctuel n’efface pas la trajectoire de fonte observée depuis un demi-siècle.

La calotte glaciaire antarctique reste dans une dynamique de perte nette lorsqu’on observe le bilan de masse sur le temps long. Les glaciers de l’Antarctique de l’Ouest, en particulier, continuent de perdre de la glace à un rythme soutenu, sous l’effet du réchauffement des eaux océaniques qui les grignotent par en dessous. Ce processus, plus lent à inverser qu’un simple épisode neigeux, pèse bien davantage sur l’avenir du niveau des mers que n’importe quel sursaut ponctuel.

Un événement temporaire riche d’enseignements

Ce record antarctique illustre surtout la complexité du système climatique. Les variations naturelles peuvent masquer, sur de courtes périodes, une tendance de fond bien plus lente et bien plus préoccupante. C’est un peu comme une averse ponctuelle qui remplirait temporairement une rivière en période de sécheresse : elle ne change rien au climat général de la région, même si elle impressionne sur le moment.

Les chercheurs insistent sur l’intérêt de ce type d’épisode pour affiner les modèles climatiques. Comprendre pourquoi et comment de telles accumulations se produisent aide à mieux anticiper les marges d’incertitude dans les projections futures. Ce n’est pas un signal d’alarme inversé, mais un rappel utile, d’autant que les impacts climatiques seraient sous-évalués de 15 % selon de récentes estimations : la glace continentale répond à des forces multiples, et il faut du temps pour distinguer un bruit statistique d’un véritable changement climatique.

D’ici quelques années, si les précipitations reviennent à leur niveau habituel, la fonte reprendra vraisemblablement son rythme antérieur. C’est en tout cas le scénario privilégié par la majorité des équipes qui suivent l’évolution de l’Antarctique depuis les années 1990, et qui n’ont observé, jusqu’ici, aucun épisode équivalent capable d’inverser durablement la tendance.

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Article publié par la rédaction de Mecenova : conseil en mécénat et stratégie de dons d'entreprise.

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