Une clairière vide au milieu de la forêt de Chambaran, quelques centaines de mètres de routes qui ne mènent nulle part, et une facture publique de 37,4 millions d’euros. Voilà tout ce qu’il reste du projet Center Parcs de Roybon, en Isère. Pas une seule construction n’a jamais vu le jour.
Le projet prévoyait 990 cottages, des piscines couvertes et un village de vacances porté par Pierre & Vacances sur un terrain de la forêt de Chambaran. Annoncé en 2007, il a mobilisé des fonds publics considérables avant d’être définitivement enterré en 2020, après treize ans de bataille juridique et de mobilisation écologiste. Le bilan est sans appel : des hectares de forêt défrichés, des routes construites pour rien, et aucun euro de retour sur investissement.
Le projet Center Parcs de Roybon : un village de vacances promis pour 37,4 millions d’euros
Sur le papier, le projet avait de quoi séduire les collectivités locales. Un investissement privé porté par Pierre & Vacances, des retombées touristiques attendues, des emplois créés dans une région rurale en manque de dynamisme économique. La forêt de Chambaran, à cheval sur l’Isère et la Drôme, devait accueillir 990 cottages répartis sur plus de 200 hectares, avec un dôme aquatique comme pièce maîtresse.
Pour rendre le site accessible, des collectivités publiques ont investi dans des routes, des raccordements et des études préparatoires. Ce sont ces dépenses, cumulées sur plus d’une décennie, qui atteignent aujourd’hui 37,4 millions d’euros d’argent public. Une somme colossale pour un projet qui n’a jamais dépassé le stade du défrichement.
Chronologie de l’affaire (2007-2020) : de l’annonce à l’abandon définitif
2007-2013 : lancement et premiers recours
Le projet est officiellement annoncé en 2007. Les premières études environnementales pointent rapidement la présence de zones humides sur le site, un point sensible qui va structurer toute la contestation. Des associations de protection de la nature déposent des recours juridiques dès les premières autorisations administratives, estimant que le permis de construire ne prend pas en compte la richesse écologique du secteur.
2014-2016 : Zone à Défendre, bataille juridique et politique
En 2014, le site se transforme en Zone à Défendre. Des militants s’installent sur place pour empêcher le début des travaux de défrichement, dans un mouvement qui rappelle d’autres luttes environnementales de la même période. Les recours juridiques s’accumulent devant les tribunaux administratifs, avec en toile de fond la découverte d’une espèce protégée sur le site : le triton crêté, un amphibien dont la présence complique encore davantage la validation du projet.
La mobilisation écologiste s’organise en parallèle des procédures judiciaires. Des enquêtes publiques sont menées, des expertises se contredisent, et le dossier devient un symbole national des tensions entre développement économique local et préservation des zones humides.
2020 : annulation définitive du projet
Le coup de grâce arrive en 2020. Le Conseil d’État confirme l’annulation du permis de construire, validant les arguments environnementaux portés par les opposants depuis plus d’une décennie. Pierre & Vacances annonce peu après l’abandon du projet, mettant fin à treize ans de procédures et de tensions sur le terrain.
Les raisons de l’échec : zones humides, mobilisation citoyenne et décisions politiques

Plusieurs facteurs expliquent cet échec retentissant. La présence de zones humides protégées au titre du droit de l’environnement a constitué l’argument juridique le plus solide des opposants. Ces milieux, essentiels à la biodiversité locale, bénéficient d’un cadre réglementaire strict que le projet ne respectait pas selon les juridictions saisies.
La mobilisation écologiste sur place, via la Zone à Défendre, a maintenu une pression constante qui a empêché le début effectif des travaux pendant des années. Cette occupation a aussi médiatisé le dossier bien au-delà de l’Isère, transformant un conflit local en débat national sur les grands projets d’aménagement inutiles.
Le chiffre qui résume le gâchis
37,4 millions d’euros de fonds publics dépensés, zéro cottage livré. Rapporté aux 990 logements prévus, cela représente près de 38 000 euros engloutis par unité jamais construite.
Le bilan matériel et financier : 37,4 M€ engloutis, forêt rasée et routes fantômes
Le bilan financier est vertigineux quand on le rapporte au résultat obtenu. Les 37,4 millions d’euros publics ont financé des infrastructures routières, des études techniques et des raccordements qui ne servent aujourd’hui strictement à rien. Environ 700 mètres de routes ont été construits en pleine forêt, sans qu’aucun véhicule ne les emprunte jamais dans le cadre du projet initial.
Le défrichement, lui, a bien eu lieu avant que les recours juridiques n’aboutissent. Plusieurs dizaines d’hectares de la forêt de Chambaran ont été rasés pour préparer le terrain, créant une clairière artificielle au cœur d’un massif forestier jusqu’alors préservé. Cette destruction, contrairement aux constructions, s’est révélée irréversible dans les délais courts.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Argent public dépensé | 37,4 millions d’euros |
| Cottages prévus | 990 |
| Cottages construits | 0 |
| Routes construites | environ 700 mètres, inutilisées |
| Durée de la procédure | 2007 à 2020 |
État des lieux aujourd’hui : une clairière sans avenir et des infrastructures inutilisées

Depuis l’abandon du projet, le site reste dans un état intermédiaire qui ne satisfait personne. La clairière vide n’a fait l’objet d’aucun véritable reboisement à grande échelle, malgré les demandes des associations environnementales qui réclament une remise en état complète du site. Les routes construites pour desservir le futur village de vacances continuent de se dégrader sans usage, symboles silencieux d’un gaspillage d’argent public devenu cas d’école.
Des questions ont été posées au gouvernement sur le devenir de ce site et sur la responsabilité des collectivités ayant engagé ces dépenses sans garantie suffisante. À ce jour, aucun plan de restauration écologique d’ampleur n’a été acté, laissant la forêt de Chambaran avec une cicatrice durable au cœur de son écosystème.




