Le cas concret : une maison à 250 000 € et deux enfants
Vous héritez avec votre frère ou votre sœur d’une maison estimée à 250 000 €. Première question qui vient à l’esprit : combien allez-vous verser au fisc ? La réponse n’est jamais évidente, car le calcul dépend de plusieurs facteurs que peu de gens connaissent. Un notaire qui traite régulièrement ces successions immobilières peut vous l’expliquer précisément.
Dans la majorité des cas, la réponse vous surprendra : les droits de succession tombent à 0 €. Non pas parce que le gouvernement serait généreux, mais parce que deux mécanismes entrent en jeu et réduisent considérablement la base taxable. Comprendre comment fonctionne le calcul vous permet d’anticiper la succession et d’organiser votre patrimoine en conséquence.
Pourquoi les droits tombent souvent à zéro
L’usufruit du conjoint survivant réduit la part des enfants
Quand l’un des parents décède, le conjoint survivant dispose généralement d’un usufruit sur le bien immobilier. L’usufruit, c’est le droit d’utiliser la maison et d’en percevoir les revenus, sans en être propriétaire. La nue-propriété (le droit de posséder) revient aux enfants, mais elle vaut beaucoup moins que la pleine propriété.
Pour calculer cette valeur, on applique des pourcentages réglementaires selon l’âge du conjoint. À 60 ans, l’usufruit représente environ 60 % de la valeur du bien, laissant 40 % de nue-propriété aux enfants. À 75 ans, c’est environ 30 % d’usufruit et 70 % de nue-propriété. Donc, si votre parent décédé avait 75 ans, seuls 70 % des 250 000 € sont taxables pour les deux enfants, soit 175 000 € à partager.
L’abattement de 100 000 € par enfant efface le reste
Mais il y a mieux. Chaque enfant en ligne directe bénéficie d’un abattement de 100 000 € avant le calcul des droits. C’est une réduction automatique accordée par le fisc.
Reprenons notre exemple. La nue-propriété à partager entre deux enfants est de 175 000 €. Chaque enfant reçoit donc 87 500 € en nue-propriété. Moins l’abattement de 100 000 € ? Zéro. Vous ne payez aucun droit de succession, puisque 87 500 € est inférieur à 100 000 €.
Le calcul détaillé étape par étape

Voici comment un notaire procède concrètement pour déterminer le montant à payer :
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| 1. Valeur du bien immobilier | Estimation notariale ou cadastrale | 250 000 € |
| 2. Déduction de l’usufruit du conjoint | À 75 ans : 30 % d’usufruit | 75 000 € |
| 3. Nue-propriété taxable | 250 000 € − 75 000 € | 175 000 € |
| 4. Part de chaque enfant | 175 000 € ÷ 2 | 87 500 € par enfant |
| 5. Abattement de 100 000 € | Droit acquis en ligne directe | −100 000 € |
| 6. Base taxable par enfant | 87 500 € − 100 000 € | 0 € |
| 7. Droits de succession dus | 0 € × taux applicable | 0 € |
Vous devez quand même payer les frais de notaire (environ 7 % du bien), mais c’est une charge administrative, pas des droits de succession.
Quand des droits de succession sont-ils vraiment dus ?
Plusieurs situations changent la donne. Si le parent décédé a fait une donation importante dans les dix ans précédents, l’abattement de 100 000 € par enfant est réduit du montant donné. Par exemple, si votre parent a donné 50 000 € à chacun de vous dix ans plus tôt, votre abattement passe de 100 000 € à 50 000 €. Dans ce cas, avec une nue-propriété de 87 500 €, vous seriez imposé sur 37 500 €.
Le barème fiscal des droits de succession en ligne directe commence à 5 % pour une base jusqu’à 8 072 € en 2025, puis monte progressivement : 10 % jusqu’à 32 288 €, 15 % jusqu’à 55 005 €, 20 % jusqu’à 100 000 €, 30 % jusqu’à 500 000 €, et 40 % au-delà. Si vous aviez 37 500 € à déclarer, vous paieriez entre 5 000 € et 7 500 € environ.
Une autre variable : le conjoint survivant n’a pas toujours un usufruit. Si la succession a été réglée par un contrat de mariage ou si le parent avait explicitement prévu une autre répartition, la base taxable change complètement. De même, si le bien immobilier a une plus-value importante depuis son acquisition (terrain qui a monté de prix), certains régimes peuvent appliquer une taxe supplémentaire.
Ce que dit la loi sur le rappel fiscal
Si vous aviez reçu une donation il y a moins de dix ans, elle est rappelée à la succession. Au-delà de dix ans, elle n’entre pas en ligne de compte. Un notaire vérife toujours ces donations antérieures pour estimer correctement votre valeur taxable.
Quand consulter un notaire ?

Le notaire n’est pas facultatif : c’est lui qui établit l’acte de succession, calcule les droits exacts et remplit la déclaration fiscale. Ses honoraires sont fixes et réglementés par la loi. Avant même le décès, si vous connaissez le patrimoine du parent, vous pouvez demander une estimation préalable des droits à payer. Cela aide à comprendre l’actif successoral et à anticiper les besoin de liquidités des héritiers.
Une maison à 250 000 € revenant à deux enfants est rarement une succession lourde fiscalement, sauf si elle intervient après d’autres donations. L’usufruit du conjoint survivant et l’abattement généreux de 100 000 € par enfant en ligne directe font que beaucoup de familles ne paient aucun droit. Mais chaque situation est unique, et seul un professionnel peut vous donner le chiffre exact.




