Imaginez un cube de glace de plus de 20 kilomètres de côté qui aurait disparu en quarante ans. C’est à peu près ce que représente la perte des calottes glaciaires depuis la ffin des années 1970. Et le rythme, lui, ne ralentit pas.
12 000 milliards de tonnes de glace perdues : les chiffres clés de l’étude
Selon une étude scientifique récente fondée sur des décennies de mesures satellites, plus de 12 000 milliards de tonnes de glace ont fondu depuis 1979 au Groenland et en Antarctique. Ces deux immenses réserves de glace concentrent la quasi-totalité de l’eau douce gelée de la planète. Leur perte pèse donc directement sur l’équilibre du climat et des océans.
Le bilan se lit en deux temps. Le Groenland, plus exposé aux masses d’air chaud, a perdu de la glace de façon continue et de plus en plus nette. L’Antarctique, longtemps considéré comme plus stable, a basculé à son tour : ses bordures s’amincissent et ses glaciers côtiers reculent, même si certaines mesures récentes ont aussi révélé un gain de glace record en Antarctique sur une zone localisée.
Ordre de grandeur : 12 000 milliards de tonnes, ça représente quoi ?
Étalée sur la France entière, cette glace formerait une couche de plus de 20 mètres d’épaisseur. Elle remplirait aussi environ 150 fois le volume du lac Léman. Chaque tranche d’environ 360 milliards de tonnes fondues fait monter les océans d’un millimètre.
Une accélération marquée depuis les années 1990
La perte de glace n’a pas été régulière. Dans les années 1980, le bilan restait proche de l’équilibre : ce que les glaciers perdaient à leurs marges, les chutes de neige le compensaient presque. Puis la fonte des glaces s’est nettement accélérée à partir des années 1990.
Les années 2010 ont ensuite confirmé la tendance, avec des pertes annuelles bien supérieures à celles des décennies précédentes. Des épisodes de chaleur extrême au Groenland, comme ceux de 2012 ou de 2019, ont laissé des cicatrices durables. Les chercheurs parlent d’une vitesse vertigineuse, car le phénomène s’auto-entretient : une surface de glace plus sombre ou plus fine absorbe davantage de chaleur.
Le réchauffement des océans, moteur de la fonte

Le réchauffement climatique agit par deux voies. En surface, l’air plus chaud fait fondre la neige et la glace, surtout en été au Groenland. Cela forme des lacs d’eau de fonte qui s’infiltrent, glissent sous les glaciers et accélèrent leur écoulement vers la mer.
En profondeur, l’autre moteur est discret mais redoutable : les océans plus chauds. En Antarctique, l’eau relativement tiède grignote la glace par en dessous, là où les glaciers flottent sur la mer. Ces plates-formes servent de bouchon aux glaciers situés derrière elles. Quand elles s’amincissent, la glace du continent s’écoule plus vite vers l’océan.
Conséquences : une montée des océans de 3,2 cm
La conséquence la plus directe est la montée du niveau de la mer. La fonte des calottes polaires a déjà fait grimper les océans d’environ 3,2 cm depuis 1979. Le chiffre paraît modeste, mais il s’ajoute à la dilatation thermique de l’eau et à la fonte des glaciers de montagne.
Sur les côtes, quelques centimètres suffisent à aggraver les submersions lors des tempêtes et des grandes marées. Les deltas, les îles basses et les grandes villes littorales sont les premiers concernés. L’érosion et la salinisation des nappes d’eau douce progressent aussi.
Et demain ? Ce que disent les projections
Les scénarios dépendent surtout des émissions de gaz à effet de serre. Avec un réchauffement contenu, la montée des océans resterait difficile mais gérable. Avec une trajectoire de hausse forte, les calottes glaciaires pourraient devenir la première source d’élévation du niveau de la mer d’ici la fin du siècle.
Les scientifiques surveillent en particulier certains glaciers de l’Antarctique de l’Ouest, dont un recul pourrait devenir difficile à stopper. Les projections gardent une part d’incertitude, d’autant que d’autres travaux évoquent des impacts climatiques sous-évalués de 15 %, mais elles vont dans le même sens : plus la glace disparaît vite, plus il devient coûteux de s’adapter.
Ce que ces chiffres changent pour vous
Ces milliers de milliards de tonnes ne fondent pas loin de chez nous en réalité. Elles se retrouvent dans l’eau qui borde nos côtes, dans les assurances des zones inondables et dans les plans d’aménagement des villes portuaires. Pour la France, ce sont surtout les littoraux atlantiques et méditerranéens qui sont concernés.
Le message des chercheurs reste clair : limiter le changement climatique ralentit la fonte, même si une partie de la montée des eaux est déjà inscrite. Chaque dixième de degré évité compte pour la glace, et donc pour le niveau des mers.





