Finance

Fessenheim : 405 000 tonnes de chantier jusqu’en 2048 pour deux réacteurs fermés en 2020

Allan
Allan
septembre 22, 2026 6 min
Debris stacked high beside industrial reactor buildings under deconstruction

En juin 2020, les deux réacteurs de Fessenheim arrêtés depuis 2020 se sont arrêtés définitivement en Alsace. Depuis, le site repose en attente. Or, détruire une centrale nucléaire n’est pas une affaire de quelques mois. EDF prépare un démantèlement qui s’étalera sur plus de deux décennies, avec 405 000 tonnes de matériaux à évacuer d’ici 2048. C’est l’une des opérations les plus complexes jamais menées en France.

405 000 tonnes : comprendre l’ampleur du chantier

Visualiser 405 000 tonnes n’est pas évident. Pour donner une échelle, c’est le poids équivalent à environ 81 000 éléphants, ou encore à celui de 270 000 voitures de taille moyenne. Cette masse provient des structures béton, des canalisations, des équipements, des métaux ferreux et non ferreux, ainsi que des matériaux contaminés radioactifs qui exigent un traitement spécifique.

Le chantier de démantèlement couvre plusieurs phases. D’abord, il faut retirer le combustible nucléaire des réacteurs et le stocker en toute sécurité. Ensuite vient le découpage des structures métalliques, puis l’enlèvement du béton contaminé ou activé. Chaque ton doit être trié, catégorisé selon son degré de radioactivité, puis évacué vers les installations autorisées de traitement et de stockage. Aucune tonne ne peut être abandonnée ou mal classée : c’est l’une des raisons pour lesquelles cette entreprise est si longue.

Pourquoi le calendrier s’étire jusqu’en 2048 ?

Six ans après la fermeture, le démantèlement n’a toujours pas vraiment commencé. Cette lenteur n’est pas due à la paresse ou à l’incompétence : elle relève de blocages concrets, administratifs et techniques.

Le premier obstacle demeure le combustible. Les barres de combustible usé doivent être entreposées temporairement en piscine avant leur transfert vers des installations nationales de stockage. Cette phase de transition s’est avérée plus complexe que prévu. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a imposé des contrôles rigoureux, et l’État tarde à finaliser les autorisations de transfert. Chaque délai administratif repousse l’ouverture du chantier.

Deuxième facteur : les décrets et autorisations réglementaires ne sont pas encore tous signés. EDF attend le feu vert complet du gouvernement et de l’ASN pour lancer les opérations de grande ampleur. Ces approbations prennent du temps en raison de l’enjeu public et environnemental considérable.

Enfin, le séquençage lui-même exige de la patience. On ne peut pas démolir une centrale nucléaire en une vague de travaux. Il faut compartimenter, décontaminer zone par zone, utiliser des techniques spécialisées qui ne peuvent fonctionner qu’à rythme contrôlé pour minimiser les risques d’exposition aux rayonnements pour les ouvriers.

Robots et machines téléopérées : la technologie du démantèlement

Bras robotique découpe acier radioactif depuis cabine contrôle

Pour manipuler des matériaux radioactifs sans exposer les travailleurs, EDF prévoit d’employer massivement des robots et machines téléopérées. Ces équipements haute technologie peuvent découper l’acier, enlever le béton et charger les conteneurs depuis une distance sûre, l’opérateur pilotant depuis une cabine protégée.

Ces robots sont des outils de pointe, mais leur mise en place, leur test et leur maintenance rallongent aussi le calendrier. Chaque machine doit être adaptée aux conditions spécifiques du site et capable de fonctionner dans un environnement radioactif sans défaillance. EDF travaille avec des entreprises spécialisées pour concevoir et intégrer ces systèmes, ce qui ne se fait pas en quelques mois.

Fermeture en 2020, mais chantier jusqu’en 2048 : les raisons des retards

Le contraste entre la date de fermeture (2020) et celle du démantèlement complet (2048) étonne souvent. Pourquoi attendre 28 ans ? La raison principale tient aux coûts financiers énormes que représente un tel chantier. EDF doit mobiliser des ressources, prévoir le budget, mettre en place les filières d’évacuation des déchets radioactifs.

En parallèle, l’industrie nucléaire française doit gérer d’autres centrales en fin de vie. Fessenheim n’est pas seule : plusieurs réacteurs vieillit et approchent de leur date de fermeture. L’État et EDF doivent échelonner les démantèlements pour ne pas saturer les installations de traitement des déchets et pour répartir les budgets sur plusieurs années.

Il y a aussi une question de priorités nationales. Bien que Fessenheim soit fermée, d’autres réacteurs français produisent toujours de l’électricité et requièrent de l’attention. Le gouvernement doit arbitrer entre la maintenance des capacités existantes et la gestion de la fin de vie des installations anciennes.

Un site vitrine pour l’industrie nucléaire française

Au-delà des chiffres, Fessenheim porte une charge symbolique. Cette centrale, implantée près de la Suisse et du Rhin, a longtemps été au cœur d’enjeux transfrontaliers et écologiques. Son démantèlement exemplaire sera scruté par les voisins européens et par les défenseurs de l’environnement. EDF et l’État savent que chaque erreur ou retard sera relevée et critiquée publiquement.

C’est pourquoi la rigueur prime sur la vitesse. Un démantèlement expédié ou mal maîtrisé pourrait compromettre l’image du nucléaire civil français à l’international et affaiblir les arguments en faveur de la relance nucléaire que le gouvernement défend actuellement.

Les 405 000 tonnes en quelques repères

Le combustible usé représente un petit pourcentage de cette masse (quelques centaines de tonnes), mais son traitement absorbe une part majeure du temps. Le reste provient surtout du béton et des structures métalliques du réacteur et du bâtiment du confinement. Ces matériaux sont triés en trois catégories : déchets non radioactifs (évacués comme déchets conventionnels), déchets faiblement activés (stockés en surface), et déchets hautement contaminés (destinés au stockage géologique profond d’une centrale nucléaire américaine prévu pour les décennies à venir).

Les enjeux futurs du démantèlement de Fessenheim

Chantier nucleaire avec grues et structures industrielles demolition

D’ici à 2026 ou 2027, EDF espère vraiment lancer les premières opérations massives sur le terrain. La réalité dépendra de la signature des derniers textes réglementaires et de la stabilisation du budget. Une escalade supplémentaire des coûts, due à l’inflation ou à des complications techniques découvertes une fois le chantier ouvert, pourrait repousser l’échéance de 2048.

Fessenheim incarne l’un des plus grands défis de la transition énergétique mondiale : gérer l’héritage des centrales anciennes. Les 405 000 tonnes attendant à Alsace ne disparaîtront pas toutes seules. Elles requièrent un engagement long, patient, rigoureux, et des investissements massifs. Pour EDF et la France, réussir ce démantèlement, c’est prouver la maîtrise technique et la responsabilité face aux déchets nucléaires, un signal nécessaire pour crédibiliser la poursuite du nucléaire dans la stratégie énergétique française des prochaines décennies.

Partager cet article
Allan
Écrit par

Allan

Direction éditoriale
Kevin est rédacteur spécialisé en conseil en mécénat et en stratégie de dons d’entreprise. Passionné par l’engagement sociétal des marques, il accompagne les organisations dans la valorisation de leurs actions solidaires. À travers ses articles, il partage analyses, conseils pratiques et tendances pour aider les entreprises à développer des initiatives responsables et durables.

A lire aussi

Laisser un commentaire —

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *