Longtemps, la dengue était une maladie de voyageurs, rapportée de la Guadeloupe, de Thaïlande ou du Brésil. Ce temps-là s’éloigne. Les scientifiques estiment que le moustique-tigre et le risque de dengue vont s’étendre à presque toute la France métropolitaine d’ici 2085, et la progression est déjà visible aujourd’hui.
L’extension du risque de dengue en France : les nouvelles projections
Les travaux de modélisation publiés ces dernières années aboutissent à la même conclusion : les zones à risque ne se limitent plus au pourtour méditerranéen. À mesure que les températures grimpent, des régions jusqu’ici épargnées deviennent compatibles avec la présence du vecteur et avec la circulation du virus. À l’horizon 2085, la quasi-totalité du territoire métropolitaine pourrait être concernée, y compris des zones peu peuplées et plus fraîches.
Cela ne veut pas dire que toute la France verra des épidémies de grande ampleur. Le risque dépend de trois paramètres : la présence du moustique, un climat assez chaud pour que le virus se multiplie en lui, et l’arrivée de personnes infectées, le plus souvent des voyageurs de retour de zone tropicale. Quand ces trois éléments se rejoignent, des foyers de cas autochtones peuvent apparaître.
Cas importé ou cas autochtone : la distinction qui change la lecture des chiffres
Un cas importé concerne une personne infectée à l’étranger. Un cas autochtone désigne une contamination survenue en France, après la piqûre d’un moustique local ayant lui-même piqué une personne malade. C’est cette seconde catégorie que suit de près la surveillance épidémiologique, car elle prouve que la transmission se fait sur place.
Le moustique-tigre et le changement climatique, moteurs de cette expansion
Le principal responsable s’appelle Aedes albopictus, plus connu sous le nom de moustique-tigre. Reconnaissable à ses rayures noires et blanches, il est implanté en France métropolitaine depuis une vingtaine d’années et a colonisé la grande majorité des départements. Il pique en journée, surtout à l’aube et en fin d’après-midi, et vit au plus près de nous.
Son atout, c’est sa discrétion. Quelques millilitres d’eau stagnante suffisent à sa reproduction : une soucoupe sous un pot de fleurs, une gouttière bouchée, un seau oublié. Il se déplace très peu, souvent à moins de 200 mètres de son lieu de naissance, ce qui explique que les foyers soient très localisés.
Le changement climatique joue sur deux tableaux. Des hivers plus doux permettent aux œufs de survivre, et des étés plus longs et plus chauds allongent la saison d’activité du moustique. La chaleur, dont l’ampleur rappelle la vague de chaleur mondiale liée à El Niño, accélère aussi la multiplication du virus à l’intérieur de l’insecte, ce qui le rend contaminant plus vite après avoir piqué une personne malade. Le réchauffement climatique, dont les effets se cumulent avec ceux d’El Niño selon l’analyse d’un océanographe sur El Niño et le climat, agit donc à la fois sur le vecteur et sur le virus.
Le contexte mondial pèse également dans la balance. L’Organisation mondiale de la santé a recensé plus de 14 millions de cas en 2024, un record, avec plus de 10 000 décès. Plus il y a de malades dans le monde, plus il y a de voyageurs infectés susceptibles d’arriver en métropole.
La dengue : une maladie virale potentiellement grave

La dengue est une arbovirose, c’est-à-dire une maladie virale transmise par des arthropodes. Elle ne passe pas directement d’une personne à l’autre : la transmission vectorielle exige un moustique qui pique d’abord un malade, puis une personne saine, après une incubation de quelques jours dans l’insecte. Le chikungunya et le Zika, transmis par le même moustique, suivent la même logique.
Quels symptômes, et quand s’inquiéter ?
Après une incubation de trois à quatorze jours, la maladie démarre souvent brutalement avec une forte fièvre. S’y ajoutent des maux de tête, des douleurs derrière les yeux, des courbatures, des douleurs articulaires et parfois une éruption cutanée. Beaucoup de cas sont bénins, voire passent inaperçus, et guérissent en une à deux semaines.
Une minorité de patients évolue vers une forme sévère, généralement quand la fièvre retombe. Les signaux d’alerte sont des douleurs abdominales intenses, des vomissements répétés, des saignements des gencives ou du nez, une grande fatigue ou une agitation inhabituelle. Dans ses formes les plus graves, la dengue peut devenir hémorragique et nécessite une hospitalisation en urgence. Une seconde infection par un sérotype différent augmente ce risque.
Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique. La prise en charge repose sur le repos, l’hydratation et le paracétamol contre la fièvre et la douleur. Évitez l’aspirine et les anti-inflammatoires comme l’ibuprofène, qui peuvent aggraver les saignements. Au moindre doute, consultez un médecin et signalez tout voyage récent.
Prévention et surveillance : comment limiter les risques
Chaque année, de mai à novembre, Santé publique France et les agences régionales de santé renforcent la surveillance de la dengue, du chikungunya et du Zika en métropole. Les médecins et laboratoires signalent les cas suspects. Dès qu’un cas autochtone est détecté, les équipes de lutte anti-vectorielle interviennent autour du domicile du malade : enquête de voisinage, traitement ciblé contre les moustiques adultes, suppression des gîtes larvaires.
Mais les autorités ne peuvent pas tout. Votre rôle est décisif, d’abord dans votre jardin ou sur votre balcon, ensuite sur votre peau. Les gestes qui comptent le plus :
- vider chaque semaine les soucoupes, seaux, jouets et récipients qui retiennent l’eau, ou les remplir de sable ;
- couvrir les réserves d’eau (bidons, récupérateurs de pluie) avec un voile moustiquaire et nettoyer les gouttières ;
- porter des vêtements longs et amples, de couleur claire, lors des heures d’activité du moustique ;
- appliquer un répulsif adapté contre les piqûres de moustiques, en respectant les précautions pour les enfants et les femmes enceintes ;
- installer des moustiquaires aux fenêtres et utiliser un diffuseur électrique à l’intérieur si nécessaire.
Si vous revenez d’une zone tropicale, redoublez de vigilance les deux premières semaines : une personne infectée qui se fait piquer par un moustique-tigre local peut déclencher un foyer. Mettre en pratique la prévention individuelle reste le moyen le plus efficace de casser la chaîne de transmission.
Idée reçue : « les moustiques ne piquent que la nuit »
Faux pour le moustique-tigre. Contrairement au moustique commun, il pique surtout en journée. Les moustiquaires de lit ne suffisent donc pas : le répulsif et les vêtements couvrants sont vos meilleurs alliés dès le matin.
Faut-il s’inquiéter ?

Il n’y a pas lieu de céder à l’alarmisme. Les épisodes de transmission locale restent pour l’instant limités à quelques dizaines de cas par an, et les systèmes de surveillance épidémiologique sont conçus pour les contenir. La tendance, elle, est claire : le moustique-tigre gagne du terrain, le climat lui est de plus en plus favorable et la dengue deviendra un sujet de santé publique durable en France métropolitaine.
La bonne approche consiste à s’y préparer sans paniquer : supprimer les eaux stagnantes chez soi, se protéger des piqûres, reconnaître les symptômes et consulter sans attendre en cas de fièvre inhabituelle, surtout après un voyage. Ces réflexes simples, adoptés par le plus grand nombre, pèsent bien plus lourd qu’on ne l’imagine dans la limitation des foyers.





