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10 milliards de dollars pour rattraper la Chine : les USA misent tout sur la fusion nucléaire

Specialistes inspectant structure metallique reacteur nucleaire imposante

Pendant des décennies, les États-Unis ont dominé la recherche sur la fusion nucléaire. Aujourd’hui, c’est Pékin qui bat des records de durée et qui aligne les chantiers. Washington le sait, et le chiffre de 10 milliards de dollars revient désormais dans les débats pour tenter de combler l’écart.

Derrière ce montant se joue bien plus qu’une affaire d’électricité. Celui qui maîtrisera le premier cette énergie propre, souvent présentée comme le Saint Graal énergétique, gagnera en souveraineté technologique, en influence industrielle et en poids géopolitique. Voyons où en est vraiment la course.

La fusion nucléaire, nouveau terrain de bataille USA-Chine

La fusion nucléaire consiste à faire fusionner des noyaux légers, le plus souvent un mélange deutérium-tritium, pour libérer une énergie considérable. Elle ne produit ni émissions de CO2 ni déchets à vie longue comparables à ceux de la fission, la technologie qui équipe aujourd’hui les réacteurs nucléaires français de 40 ans. Pour la décarbonation, la promesse est immense.

Le défi est de reproduire dans une machine les conditions du cœur d’une étoile. Deux grandes voies existent : le confinement magnétique, où un plasma à plus de 100 millions de degrés est maintenu par de puissants aimants dans un tokamak, et le confinement inertiel, où des lasers écrasent une minuscule cible de combustible.

Les États-Unis investissent 10 milliards pour rattraper leur retard

Précisons d’emblée un point : ces 10 milliards de dollars sont un ordre de grandeur de l’effort jugé nécessaire, porté par l’industrie et une partie de la classe politique américaine. Ce n’est pas une enveloppe unique, ventilée ligne par ligne. Le budget fédéral consacré à la fusion reste aujourd’hui de l’ordre de quelques centaines de millions de dollars par an, loin de ce que Pékin mobilise.

L’idée est de combiner trois leviers : la recherche publique dans les laboratoires nationaux, des financements ciblés pour les infrastructures d’essai, et un soutien aux entreprises qui construisent les premières centrales. Le secteur privé a déjà levé de son côté près de 10 milliards de dollars dans le monde, selon les chiffres de l’industrie, avec une très forte présence américaine.

Une double stratégie : ITER et startups privées

Les États-Unis participent à ITER, le grand tokamak international en construction à Cadarache, en France. Le projet accumule les retards : le calendrier révisé prévoit des opérations deutérium-tritium vers 2039, soit bien après les premières annonces.

Face à cette lenteur, Washington parie de plus en plus sur le secteur privé. Commonwealth Fusion Systems, issue du MIT, développe SPARC, un tokamak compact fondé sur des aimants supraconducteurs à haute température, puis une centrale baptisée ARC en Virginie. Google s’est engagé à acheter une partie de sa production future. Helion, de son côté, a signé un accord avec Microsoft pour fournir de l’électricité d’ici quelques années.

Pourquoi les startups changent le rythme

Un projet public comme ITER met des décennies à franchir chaque étape. Une startup, financée par des investisseurs qui attendent des résultats, doit montrer des progrès tous les deux ou trois ans. Cette pression explique pourquoi les machines compactes se multiplient aux États-Unis.

La Chine, leader inattendu de la course à la fusion

Tokamak futuriste brillant de plasma bleu chauffe

Longtemps considérée comme un simple suiveur, la Chine a changé de statut. Elle a construit EAST, un tokamak supraconducteur installé à Hefei, qui a maintenu un plasma en mode haute performance pendant 1 066 secondes en janvier 2025. Ce record de durée a marqué les esprits, même s’il ne produit pas encore d’énergie nette.

Investissements massifs et percées technologiques

Pékin avance sur plusieurs fronts à la fois. Le tokamak BEST, en construction dans la même ville, vise une démonstration de production d’énergie dans les toutes prochaines années. Le projet CFETR, longtemps présenté comme le futur réacteur d’essai chinois, prépare la phase suivante : une centrale capable de fournir de l’électricité au réseau.

Surtout, l’État a créé en 2025 une société nationale dédiée à la fusion, dotée de plusieurs milliards de yuans de capital. La stratégie chinoise repose sur un pilotage central, une chaîne d’approvisionnement industrielle maîtrisée et une continuité budgétaire que les démocraties occidentales peinent à égaler.

Critère États-Unis Chine
Moteur principal Startups et capital privé Planification d’État
Machine phare National Ignition Facility, SPARC EAST, BEST
Point fort Gain net d’énergie en laboratoire Durée du plasma et rythme de construction
Point faible Financement public limité Peu de transparence sur les résultats

Les records récents qui changent la donne

Les États-Unis restent pourtant détenteurs d’une première mondiale. En décembre 2022, le National Ignition Facility, en Californie, a obtenu un gain net d’énergie : 3,15 mégajoules libérés pour 2,05 mégajoules d’énergie laser envoyés sur la cible. Les essais suivants ont poussé la production plus haut, avec des records dépassant 8 mégajoules en 2025.

Attention toutefois à la lecture de ce résultat. Le gain concerne l’énergie reçue par la cible, pas celle consommée par l’ensemble des lasers, qui reste très supérieure. Le NIF a surtout prouvé le principe de l’ignition, pas la faisabilité d’une centrale.

Les records s’enchaînent des deux côtés, un peu comme le record mondial du nucléaire français bientôt repris par la Slovaquie, et c’est bien le signe d’une compétition qui s’accélère. La France a elle aussi marqué des points avec son tokamak WEST, qui a tenu un plasma plus de 22 minutes début 2025. Mais ces exploits en durée ne se transforment pas encore en électricité sur le réseau.

Les défis techniques et économiques à surmonter

Le premier obstacle reste le confinement du plasma. Il faut le maintenir stable, très chaud et dense assez longtemps, sans qu’il touche les parois. Les turbulences et les instabilités compliquent chaque montée en puissance.

Viennent ensuite les matériaux, soumis à un flux de neutrons intense, et le tritium, un combustible rare qu’il faudra produire dans la centrale elle-même grâce à des couvertures de lithium. Ce cycle du combustible n’a encore jamais été démontré à l’échelle industrielle.

Idée reçue : « le gain net d’énergie, c’est une centrale »

Produire plus d’énergie que la cible n’en reçoit ne suffit pas. Une centrale doit produire plus que ce que consomme toute l’installation, fonctionner en continu pendant des années, et vendre son électricité à un prix compétitif. Nous en sommes encore loin.

Reste enfin la question économique. Construire un réacteur coûte des milliards, et le prix du kilowattheure issu de la fusion demeure inconnu. Face au solaire, à l’éolien et au nucléaire classique, il devra faire ses preuves.

Vers une commercialisation dans les années 2030 ?

Usine grise avec turbines metalliques et tuyaux

Les annonces des entreprises américaines évoquent souvent une première électricité sur le réseau au début des années 2030. Commonwealth Fusion Systems vise ainsi sa centrale ARC vers 2030-2035, et Helion annonce 2028 pour son premier site. Ces dates sont des objectifs d’entreprise, pas des certitudes.

L’histoire de la fusion invite à la prudence : depuis des décennies, la commercialisation recule d’à peu près autant que le temps passe. Les experts indépendants parlent plutôt d’une fenêtre située entre la fin des années 2030 et les années 2050 pour un déploiement significatif.

Ce qui est certain, c’est que la compétition change de nature. En 2026, il ne s’agit plus seulement de prouver qu’un tokamak ou un laser peut fonctionner. Il s’agit de bâtir une filière complète : aimants, matériaux, tritium, ingénieurs et usines. Sur ce terrain, la Chine a pris de l’avance sur la cadence de construction, et les États-Unis comptent sur leurs startups et sur ces fameux 10 milliards de dollars pour reprendre la main.

Le vainqueur ne sera pas forcément celui qui aura le record le plus spectaculaire, mais celui qui livrera le premier une machine fiable, reproductible et rentable. Cette course est encore ouverte, et elle se jouera sur la durée.

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Article publié par la rédaction de Mecenova : conseil en mécénat et stratégie de dons d'entreprise.

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