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Tunnel Lyon-Turin : 11,8 milliards engagés pour seulement 20 km percés sur 115 km

Allan
Allan
septembre 23, 2026 6 min
Chantier de tunnel avec équipements lourds perçant progressivement la montagne rocheuse

Un projet transalpin de grande envergure

La liaison ferroviaire Lyon-Turin représente l’une des plus grandes infrastructures de transport en cours de réalisation en Europe. Ce tunnel de base long de 115 km doit relier la France à l’Italie sous les Alpes, en passant par la Savoie, non loin du tunnel sous le Mont-Cenis creusé depuis vingt ans sans trafic de fret. Le projet, porté par TELT (Tunnel euralpin Lyon-Turin), ambitionne de révolutionner le fret ferroviaire transalpine et de réduire la congestion routière entre les deux pays.

Depuis des décennies, ce grand projet d’infrastructure suscite des débats sur sa faisabilité, son intérêt économique et son financement. Aujourd’hui, le contraste entre les sommes engagées et l’avancement réel du chantier pose de vraies questions sur la viabilité du calendrier affiché.

11,8 milliards engagés pour un creusement au ralenti

Le budget total prévu pour la réalisation du tunnel Lyon-Turin s’élève à 11,8 milliards d’euros. Cet investissement massif provient à la fois de fonds français, italiens et européens, reflétant l’importance stratégique du projet pour l’Union européenne. Depuis le démarrage des travaux de percement, plusieurs milliards ont déjà été dépensés dans les équipements, les études géologiques et les premières phases de creusement.

Or, le contraste avec l’avancement physique est saisissant. À ce jour, moins de 20 km ont été percés sur les 115 km totaux du tunnel de base. Cela représente à peine 17 % du linéaire total. Rapporté à un budget déjà engagé de 11,8 milliards, ce ratio interpelle : comment justifier une telle dépense pour un pourcentage de creusement aussi modeste ? La question ne relève pas de la critique gratuite, mais du constat de la Cour des comptes, qui a examiné l’efficacité du chantier et soulevé des interrogations sur les coûts et les délais.

Le décalage coûts-avancement
11,8 milliards engagés pour environ 20 km creusés : cela signifie un coût moyen de 590 millions d’euros par kilomètre, bien au-delà des estimations initiales. Cette augmentation reflète les surcoûts accumulés depuis le début des travaux.

Difficultés géologiques et ralentissements des tunneliers

Énorme tunnelier face à paroi rocheuse instable des Alpes

Les problèmes rencontrés ne relèvent pas de l’improvisation ou de la mauvaise gestion seule. La géologie complexe des Alpes pose des défis techniques majeurs. La section transfrontalière, en particulier, traverse des zones d’instabilité géologique qui ralentissent considérablement la progression des tunneliers (les énormes machines de percement).

Ces machines, appelées techniquement des tunneliers à pression de terre équilibrée, font face à des conditions qu’aucun projet européen comparable ne rencontre avec une telle intensité. Les strates de roche varient entre schistes, calcaires et zones aquifères imprévisibles. Lors du creusement, certaines sections ont entraîné des intrusions d’eau souterraine, forçant les équipes à modifier les protocoles et à ralentir l’avance pour consolider le sous-sol.

Entre avril 2023 et octobre 2024, la progression a été particulièrement lente en Savoie française, où le chantier s’est parfois retrouvé quasiment à l’arrêt selon les rapports des associations de riverains et des collectivités. Les retards s’accumulent, et chaque mois de stagnation entraîne des coûts supplémentaires pour la maintenance des équipements et les salaires des ouvriers.

Section française en attente, pression italienne

Un élément crucial explique le faible avancement : la section française du tunnel reste moins avancée que le côté italien. Pendant qu’en Italie, les travaux progressent plus régulièrement (notamment depuis le sud, direction Suse), le percement français patine. Cette asymétrie crée un goulot d’étranglement qui ralentit l’ensemble du projet.

Le côté français dépend d’autorisations environnementales, de décisions de financement et de la mobilisation des entreprises de travaux publics. Les délais administratifs et les consultations locales ont contribué à décaler le démarrage à plein régime. Pendant ce temps, l’Italie, à travers son partenaire dans TELT, avance ses propres sections, créant une pression politique pour que la France accélère.

Cette disparité met en relief une réalité : le projet transalpin ne sera fluide que si les deux côtés progressent de manière équilibrée, un problème similaire à celui du grand chantier ferroviaire européen enlisé dans la bureaucratie. Or, ce n’est pas le cas, et cela risque de repousser encore les délais globaux.

L’objectif de 2033 tient-il encore la route ?

TELT affiche toujours une mise en service prévue en 2033. Cette date figure dans tous les documents officiels et communications publiques. Cependant, avec moins de 20 km percés sur 115 et vu le rythme actuel, nombreux sont les experts qui estiment cette cible très optimiste, voire irréaliste.

Pour tenir le calendrier 2033, il faudrait accélérer drastiquement le creusement, résoudre les problèmes géologiques et trouver un accord sur le financement complémentaire des surcoûts. Or, aucun de ces trois éléments n’est acquis. Le débat politique resurgit régulièrement : l’Italie plaide pour une accélération et un engagement budgétaire renforcé, tandis que la France demande du temps pour valider les impacts environnementaux et les solutions techniques.

Si le calendrier 2033 devait être repoussé (hypothèse credible), cela ajouterait des années au projet et augmenterait de facto les coûts totaux. Chaque année supplémentaire de retard représente des centaines de millions d’euros en dépenses additionnelles pour maintenir le chantier opérationnel et les équipes en place.

Enjeu de crédibilité pour les grands projets européens

Chantier de tunnel avec équipements de construction et structures métalliques visibles.

Au-delà des chiffres, le tunnel Lyon-Turin incarne une question plus vaste : peut-on réaliser des projets transnationaux massifs en Europe sans surcoûts insoutenables et retards chroniques, comme l’illustre déjà le surgénérateur de l’Isère resté quasi inactif malgré 12 milliards investis ? Le projet souffre de la comparaison implicite avec d’autres infrastructures qui ont connu des déboires similaires (viaduc de Millau, grandes lignes TGV, etc.).

La crédibilité politique du projet repose sur la démonstration que les leçons des retards passés ont été intégrées. Or, le rapport 2025 de la Cour des comptes suggère que les problèmes de gouvernance et de maîtrise des coûts persistent. TELT doit donc redoubler d’efforts pour restaurer la confiance des gouvernements français et italien, ainsi que des institutions européennes qui financent ce tunnel.

Le tunnel Lyon-Turin reste un projet d’importance stratégique majeure pour l’Europe. Mais son avancement actuel, au regard des montants engagés, pose légitimement des questions sur sa faisabilité dans les délais et budgets convenus. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si une accélération réelle est possible ou si une renégociation du calendrier devient inévitable.

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Kevin est rédacteur spécialisé en conseil en mécénat et en stratégie de dons d’entreprise. Passionné par l’engagement sociétal des marques, il accompagne les organisations dans la valorisation de leurs actions solidaires. À travers ses articles, il partage analyses, conseils pratiques et tendances pour aider les entreprises à développer des initiatives responsables et durables.

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