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Un océanographe alerte : El Niño et le réchauffement climatique vont cumuler leurs effets

Scientifique penche vers des cartes oceaniques

Une planète déjà surchauffée, et un phénomène naturel qui s’apprête à ajouter sa propre dose de chaleur. C’est l’avertissement de Romain Bourdalle-Badie, océanographe : « El Niño va s’ajouter au réchauffement climatique, les deux effets vont se cumuler ». Concrètement, cela veut dire des températures plus hautes, des canicules plus dures à encaisser et des océans sous pression.

Pourquoi El Niño et le réchauffement climatique cumulent leurs effets

Le réchauffement climatique est une tendance de fond. Année après année, les gaz à effet de serre font grimper la chaleur moyenne du globe, avec 2024 autour de 1,5 °C au-dessus de l’ère préindustrielle. Cette hausse est lente, régulière, et elle ne dépend pas du calendrier des saisons.

El Niño, lui, est une variation naturelle et temporaire du climat. Pendant quelques mois, l’océan Pacifique libère dans l’atmosphère une partie de la chaleur qu’il stocke. Ce pic vient se poser par-dessus la tendance de fond. Il ne s’agit donc pas d’une simple coïncidence : deux phénomènes indépendants s’additionnent, et le thermomètre mondial reçoit les deux pressions en même temps.

Tendance de fond + pic ponctuel : la logique du cumul

Imaginez un escalator qui monte tout seul (le réchauffement climatique) et quelqu’un qui saute en même temps (El Niño). Le saut ne crée pas l’escalator, mais il vous propulse plus haut que d’habitude. Les scientifiques ne disent pas que le réchauffement fabrique El Niño : ils disent que les deux se superposent, et que les records deviennent plus probables.

Autre point qui compte : le décalage. La chaleur d’El Niño ne se voit pas dans les températures mondiales dès le premier jour. Elle se diffuse dans l’atmosphère avec quelques mois de retard, ce qui explique pourquoi les années qui suivent son apparition sont souvent les plus chaudes. Les regards se tournent donc vers 2026 et 2027.

El Niño : comprendre ce phénomène océanique

En temps normal, les alizés soufflent d’est en ouest au-dessus de l’océan Pacifique tropical. Ils poussent les eaux chaudes de surface vers l’Asie et l’Australie, tandis que des eaux froides et riches remontent près des côtes d’Amérique du Sud. C’est cet équilibre qui nourrit, par exemple, les grandes zones de pêche du Pérou.

Avec El Niño, les alizés faiblissent. L’eau chaude reflue vers l’est, la remontée d’eau froide s’affaiblit, et les anomalies thermiques s’installent sur des milliers de kilomètres. Les courants océaniques se réorganisent, et l’atmosphère suit : les zones de pluie se déplacent, les moussons se dérèglent, la circulation des vents change.

Son pendant s’appelle La Niña : les alizés se renforcent, le Pacifique oriental se refroidit et les effets s’inversent en grande partie. Les deux extrêmes forment ensemble le cycle appelé ENSO (El Niño-Oscillation australe), qui revient tous les deux à sept ans, sans calendrier fixe. Un épisode El Niño dure en général entre neuf et douze mois.

Les conséquences alarmantes de ce double effet

Eau de mer fortement chauffee et fumante

Le premier impact, c’est la chaleur. Quand un pic d’El Niño se pose sur un climat déjà réchauffé, les records de températures tombent plus facilement, sur terre comme dans l’océan. Le programme européen Copernicus observe d’ailleurs que le réchauffement de l’océan se poursuit « à un rythme alarmant », ce qui laisse peu de marge avant même l’arrivée d’un nouvel épisode.

Pour les populations, cela se traduit par des canicules plus longues et plus intenses, avec une hausse de la mortalité, en particulier chez les personnes âgées, les malades chroniques et les travailleurs exposés (une vague de chaleur liée à El Niño pourrait ainsi tuer plus de 450 000 personnes d’ici février). Les villes, où la chaleur s’accumule, sont en première ligne. Les récoltes et les réserves d’eau souffrent en parallèle.

Les effets varient beaucoup selon les régions. Voici les principaux risques évoqués par les spécialistes :

  • l’Inde et l’Asie du Sud-Est : moussons affaiblies, sécheresse, tension sur l’agriculture et sur l’énergie ;
  • l’Amérique centrale : baisse des réserves d’eau, avec des conséquences possibles sur le trafic du canal de Panama ;
  • le Pérou et l’Équateur : pluies plus fortes, inondations et perturbation de la pêche ;
  • les territoires d’outre-mer du Pacifique et des Caraïbes : chaleur marine, cyclones modifiés, pression sur les ressources en eau.

Le stress des écosystèmes marins

Sous l’eau, le stress thermique est le grand danger. Quand la mer reste trop chaude trop longtemps, les coraux expulsent les algues qui les nourrissent et blanchissent. Si la chaleur persiste, ils meurent. Les récents épisodes de blanchissement massif ont déjà touché une part considérable des récifs de la planète, et un nouvel El Niño ajoute une couche à un système épuisé.

Les écosystèmes marins ne se limitent pas aux coraux. Poissons, oiseaux marins et mammifères dépendent de chaînes alimentaires sensibles à la température de l’eau. Lorsque le plancton se raréfie, tout le reste suit, y compris les activités de pêche des communautés qui en vivent.

L’alerte des scientifiques pour les années à venir

Ce que l’océanographe Romain Bourdalle-Badie met en avant, c’est moins la surprise que l’anticipation. Les observations par satellites, bouées et modèles numériques permettent de suivre la formation d’un épisode plusieurs mois à l’avance. Les prévisions climatiques restent en revanche plus incertaines sur son intensité, qui décidera de l’ampleur des dégâts.

Le message des spécialistes tient en trois idées. Le réchauffement climatique fixe le niveau de base, El Niño fournit le pic, et l’océan, qui absorbe l’essentiel de l’excès de chaleur, en est le moteur central. Plus cette base monte, plus chaque épisode El Niño frappe fort, même s’il n’est pas plus intense qu’avant.

Pour les prochains mois, le suivi des bulletins ENSO et des rapports de Copernicus reste le meilleur moyen de se tenir informé. Les collectivités, les agriculteurs, les gestionnaires d’eau et les services de santé ont tout intérêt à s’y préparer dès maintenant : plans canicule, gestion des réserves, alertes précoces. Une crise climatique qui s’aggrave ne s’improvise pas, elle se prépare.

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Article publié par la rédaction de Mecenova : conseil en mécénat et stratégie de dons d'entreprise.

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