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La Chine rattrape SpaceX sur les fusées réutilisables, mais ne les a jamais fait revoler

Deux fusees metalliques debout intactes alignees au sol

Attraper un étage de fusée au vol avec un filet géant, ça ressemble à une idée de film. C’est pourtant ce que la Chine affirme avoir réussi, en plus d’un atterrissage vertical classique. De quoi faire dire à beaucoup que Pékin a comblé son retard sur SpaceX. La réalité est plus nuancée, et c’est elle qui compte.

La réponse en bref : une récupération réussie, pas encore une réutilisation

Sur le papier, l’exploit est réel. La Chine a démontré qu’elle savait ramener au sol un premier étage de fusée, par deux méthodes différentes. Aucune fusée réutilisable chinoise n’a pourtant été relancée dans l’espace après une première mission. Or c’est cette seconde étape qui fait baisser les coûts de lancement.

Récupérer, c’est prouver qu’on maîtrise la descente. Réutiliser, c’est prouver que l’étage récupéré est assez sain pour revoler, qu’il se remet en état vite et que l’opération est rentable. SpaceX a franchi ce cap il y a presque dix ans, la Chine pas encore.

L’exploit technique chinois : la double capture réussie

Ce qui frappe, c’est la double approche. Plutôt que de parier sur une seule technique, l’agence spatiale chinoise et ses acteurs industriels ont testé deux façons de récupérer un étage. Cela donne une marge de manœuvre rare dans un domaine où chaque essai coûte cher.

Atterrissage vertical du premier étage

C’est la méthode popularisée par SpaceX. Après avoir poussé la charge utile vers l’orbite, le premier étage se retourne, rallume ses moteurs et se pose sur ses jambes de train. Il faut gérer un freinage très précis, un carburant résiduel minimal et des vents parfois capricieux. Réussir cet atterrissage vertical montre que les ingénieurs chinois maîtrisent la poussée modulable des moteurs et le guidage de précision.

Récupération par filet géant : une première mondiale

L’autre voie est plus inattendue. Au lieu de poser l’étage sur des jambes, on le guide vers une structure équipée d’un filet géant qui l’attrape en fin de descente. L’idée est de supprimer les jambes de train, lourdes, qui pénalisent la charge utile transportée. Moins de masse morte, c’est plus de capacité d’emport. La contrepartie : un guidage d’une précision extrême, et une structure au sol capable d’encaisser l’énergie de l’impact.

Les détails chiffrés de ce dispositif (dimensions, matériaux, vitesse d’arrivée) restent peu documentés publiquement. Mieux vaut donc se méfier des chiffres qui circulent sans source claire.

Une stratégie différente de celle de SpaceX et Blue Origin

Etage de fusee capture par bras mecaniques metalliques

SpaceX a opté pour l’atterrissage vertical sur jambes avec ses Falcon 9. Pour son énorme Starship, elle a ensuite fait attraper le booster par les bras mécaniques de sa tour de lancement, une technique proche de l’esprit du filet. Blue Origin, de son côté, a fait atterrir le premier étage de New Glenn sur une barge en mer, après des années d’expérience avec sa petite fusée suborbitale New Shepard.

La stratégie double chinoise combine donc deux logiques que les Américains ont plutôt séparées. Elle ressemble à un pari d’industriel prudent : tester plusieurs solutions en parallèle et conserver celle qui s’avérera la plus fiable et la plus économique.

Acteur Méthode de récupération Revol d’un étage
SpaceX Atterrissage vertical, capture par bras sur Starship Oui, depuis 2017, de façon routinière
Blue Origin Atterrissage vertical (New Shepard, New Glenn) Oui sur New Shepard, à confirmer sur New Glenn
Chine Atterrissage vertical et filet géant Non, aucun revol à ce jour

Comment la Chine a comblé dix ans de retard

SpaceX a posé son premier étage de Falcon 9 en 2015 et l’a refait voler en 2017. Depuis, ses boosters repartent une trentaine de fois pour les plus utilisés. Cette avance donne aux États-Unis un avantage industriel que la Chine ne rattrape pas en un seul vol.

Ce qui a changé, c’est le rythme. Plusieurs entreprises chinoises, publiques et privées, se sont lancées dans la course avec le soutien du gouvernement chinois. Elles ont multiplié les essais, appris de leurs échecs d’atterrissage et copié ce qui marchait chez les autres, tout en testant leurs propres idées comme le filet. En quelques mois, le retard a fondu sur la partie la plus visible du dossier : la descente.

Les trois épreuves qui restent à la Chine

Il lui faut encore inspecter un étage récupéré et prouver qu’il est sain, le remettre en état en quelques jours, puis le relancer avec une vraie charge utile. Tant que ce cycle n’est pas bouclé, la réutilisabilité chinoise reste une promesse.

L’enjeu stratégique : dominer le marché des constellations satellites

Si la course spatiale sino-américaine s’accélère, c’est que l’enjeu dépasse la prouesse. Starlink compte déjà des milliers de satellites en orbite basse et fournit de l’internet depuis l’espace à des millions d’abonnés. Pour y répondre, la Chine déploie ses propres constellations satellites, comme Guowang et Qianfan, qui exigent des centaines de lancements.

À ce rythme, jeter un premier étage après chaque tir devient intenable. Une fusée réutilisable fait baisser le prix du kilo placé en orbite, et celui qui lance le moins cher remplit son ciel le premier. La dimension géopolitique est évidente : l’accès à l’orbite, c’est aussi de la communication, du renseignement et du poids diplomatique.

Ce qu’il faut surveiller ensuite

Etage de fusee metallique descendant avec flammes

Le vrai moment décisif sera le premier revol d’un étage chinois. Il dira si la compétition sino-américaine se joue à armes égales ou si SpaceX garde une longueur d’avance durable. Il faudra aussi regarder la cadence : un étage qui revole une fois ne vaut pas un étage qui revole dix fois.

Un autre indicateur est la fiabilité du filet. Si la méthode se confirme sur plusieurs essais, elle pourrait inspirer d’autres acteurs, y compris occidentaux. Si elle reste anecdotique, l’atterrissage vertical s’imposera comme la norme. D’ici là, la Chine mérite d’être prise au sérieux, sans qu’on lui décerne trop tôt le titre de rivale à égalité de SpaceX.

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Article publié par la rédaction de Mecenova : conseil en mécénat et stratégie de dons d'entreprise.

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