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Plus d’un tiers des réacteurs nucléaires français passe l’examen des 40 ans : un moment décisif

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Trente-deux réacteurs de 900 MWe, mis en service pour la plupart entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, arrivent un par un au même rendez-vous (à l’autre bout du cycle de vie, la France a déjà entamé le démantèlement d’un réacteur nucléaire de classe UNGG). Plus d’un tiers du parc nucléaire français a déjà franchi, ou est en train de franchir, le cap des 40 ans. Et à chaque fois, la même question se pose : ces centrales peuvent-elles continuer à produire de l’électricité en toute sécurité pendant dix années de plus ?

La réponse ne tombe pas d’un coup. Elle se construit au fil d’un contrôle minutieux, mené par l’Autorité de sûreté nucléaire, réacteur après réacteur. Voici ce que contient réellement cet examen, pourquoi il compte autant et ce qu’il implique pour l’avenir de l’électricité française.

L’examen des 40 ans : le quatrième réexamen périodique

En France, il n’existe pas de durée de vie légale pour une centrale. Le principe est différent : tous les dix ans, l’exploitant doit passer son installation au crible lors d’un réexamen périodique. Celui des 40 ans est le quatrième de la série, d’où son nom de quatrième réexamen. Il s’appuie sur la visite décennale, un arrêt du réacteur de plusieurs mois pendant lequel les équipes d’EDF inspectent, testent et modernisent les équipements.

Ce réexamen poursuit deux objectifs. Le premier est de vérifier la conformité : l’installation correspond-elle toujours à ce qui a été autorisé ? Le second est de réévaluer la sûreté nucléaire à la lumière des connaissances récentes, des retours d’expérience et des standards actuels. L’exploitant propose des améliorations, puis l’ASN décide si le fonctionnement peut se poursuivre et à quelles conditions.

Un permis qui se renouvelle tous les dix ans

Aucun réacteur français n’est autorisé « pour 40 ans » ou « pour 60 ans ». Chaque décennie, l’ASN rend un avis qui vaut pour les dix années suivantes. Le passage des 40 ans n’est donc ni une date de péremption, ni une autorisation définitive : c’est une étape de contrôle parmi d’autres, mais la plus exigeante à ce jour.

Pourquoi 40 ans représente un seuil critique pour la sûreté nucléaire

Quarante ans correspond à la durée de fonctionnement envisagée à la conception de nombreux composants. Au-delà, l’enjeu du vieillissement devient central. Certaines pièces se remplacent : générateurs de vapeur, pompes, câbles, systèmes de contrôle-commande. D’autres ne peuvent pas l’être, notamment la cuve du réacteur et l’enceinte de confinement. Ce sont elles qui conditionnent la poursuite de l’exploitation.

Le quatrième réexamen est aussi un moment charnière pour une autre raison. Il intègre les enseignements de l’accident de Fukushima et vise à rapprocher le niveau de sûreté des réacteurs existants de celui des installations les plus récentes, comme l’EPR de Flamanville. L’objectif n’est pas d’atteindre exactement les mêmes performances, mais de réduire l’écart autant que raisonnablement possible.

32 réacteurs français de 900 MWe en première ligne

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Les réacteurs de 900 MWe ont ouvert la marche. Ce palier, le plus ancien du parc, compte 32 unités réparties sur plusieurs sites, de Tricastin au Bugey en passant par Gravelines ou Dampierre. Comme ces réacteurs ont été construits sur un modèle commun, l’examen se déroule en deux temps, ce qui évite de tout recommencer à chaque fois.

La première étape est la phase générique. Elle porte sur les sujets communs à tous les réacteurs d’un même palier : dossier de sûreté, démonstrations, modifications à prévoir. L’ASN a rendu sa position générique pour le palier 900 MWe en 2021, en jugeant que la poursuite du fonctionnement était envisageable sous réserve de modifications importantes. La seconde étape est propre à chaque réacteur : état réel des équipements, résultats de la visite décennale, travaux réalisés. Elle débouche sur une position spécifique et, le cas échéant, sur des prescriptions particulières.

Les réacteurs de 1300 MWe, au nombre de vingt, suivent le même chemin avec un léger décalage, puisqu’ils sont entrés en service un peu plus tard. Pour ce palier aussi, l’examen générique a été conduit avant que les visites décennales ne s’enchaînent, réacteur par réacteur.

Les conditions imposées par l’ASN pour prolonger l’exploitation

L’ASN ne signe pas de chèque en blanc. Ses décisions fixent des exigences de sûreté précises, que l’exploitant doit respecter dans des délais déterminés. Si un réacteur ne les satisfait pas, son fonctionnement peut être remis en cause. Concrètement, les principaux chantiers portent sur les points suivants :

  • le renforcement de la résistance aux agressions externes, comme les séismes, les inondations ou les canicules ;
  • l’amélioration de la sûreté des piscines d’entreposage du combustible ;
  • la réduction des conséquences d’un accident grave, avec des dispositifs de secours ultimes appelés « noyau dur » ;
  • le suivi de l’état de la cuve et de l’enceinte de confinement, avec des contrôles et épreuves renforcés.

Ces travaux s’inscrivent dans le programme industriel du grand carénage, qui mobilise des dizaines de milliards d’euros et des milliers de salariés, dans un contexte où la Slovaquie s’apprête à ravir à la France son record mondial de production nucléaire. L’enjeu est double : maintenir la capacité de production du parc, tout en gardant la confiance du public. Un arrêt prolongé, un défaut découvert en cours de visite ou une prescription tardive peuvent décaler le calendrier et peser sur la disponibilité des centrales nucléaires.

Idée reçue : « passer les 40 ans, c’est avoir le feu vert pour 20 ans de plus »

Ce n’est pas le cas. L’avis de l’ASN couvre la décennie suivante, pas davantage. Une éventuelle exploitation jusqu’à 50 ou 60 ans suppose de réussir les réexamens suivants, un par un.

Perspectives : vers 50 ou 60 ans de fonctionnement

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EDF vise ouvertement une exploitation au-delà de 40 ans, avec 50 ans comme horizon de référence et 60 ans comme possibilité pour une partie du parc. Le raisonnement est économique et climatique : prolonger un réacteur existant coûte nettement moins cher que d’en construire un nouveau, et le nucléaire fournit une électricité largement décarbonée (dans le même esprit de souveraineté industrielle, Orano et le CEA ont permis à la France de maîtriser les aimants permanents). D’ici 2050, une grande partie des réacteurs actuels aura dépassé les 60 ans, ce qui oblige à préparer à la fois la prolongation et le renouvellement.

Le prochain jalon est le cinquième réexamen, attendu à l’horizon des 50 ans. Il posera de nouvelles questions, notamment sur le comportement à long terme de la cuve soumise à l’irradiation et sur les effets du changement climatique, comme la température des cours d’eau utilisés pour le refroidissement. L’ASN et l’ASNR, issue du rapprochement de l’autorité de sûreté et de l’IRSN, auront à fixer le niveau d’exigence correspondant.

Pour le lecteur, l’essentiel tient en une phrase : l’examen des 40 ans n’est pas un verdict final, mais un contrôle approfondi et répété qui conditionne chaque nouvelle décennie de fonctionnement. Il mérite donc d’être suivi de près, parce qu’il décide en partie de ce que sera le visage du parc nucléaire français dans vingt ans.

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Article publié par la rédaction de Mecenova : conseil en mécénat et stratégie de dons d'entreprise.

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