Un train français roule depuis 54 ans avec un record que personne n’est venu lui contester. Le 8 décembre 1972, entre Saint-Pierre-des-Corps et Vendôme, une rame expérimentale atteint 252 km/h. Elle ne transportait aucun voyageur, ne roulait pas encore sur une ligne nouvelle, et pourtant elle a posé les bases de tout ce que la France connaît aujourd’hui en matière de grande vitesse ferroviaire. Ce train s’appelait le TGV 001, et son histoire ne s’arrête pas à ce record.
Le record historique : 252 km/h en décembre 1972
Le chiffre mérite d’être posé d’emblée : 252 km/h, c’est la vitesse maximale atteinte par le TGV 001 lors de ses essais sur la ligne classique Paris-Bordeaux, dans le secteur de Vendôme. Pour un turbotrain propulsé par turbine à gaz et non par traction électrique, cette performance reste à ce jour un record absolu jamais dépassé par un engin de ce type dans le monde.
Ce record n’était pas un coup d’éclat isolé. Il concluait plusieurs années d’essais menés par la SNCF et le constructeur Alsthom (aujourd’hui Alstom, qui présente toujours ses nouveaux trains lors du salon InnoTrans), dans un contexte de compétition internationale où chaque grand pays ferroviaire cherchait à repousser les limites de la vitesse sur rail. La France, avec ce prototype, venait de démontrer qu’elle pouvait rivaliser, et même dépasser, ce qui se faisait ailleurs.
Naissance d’un prototype : pourquoi le TGV 001
Tout commence à la fin des années 1960. La SNCF observe avec inquiétude la concurrence de l’avion et de l’automobile sur les grandes distances. Il faut un projet capable de redonner un avantage décisif au rail. C’est ainsi que naît le projet C03, ancêtre direct du programme qui deviendra le TGV.
Le choix technique initial surprend encore aujourd’hui : plutôt que l’électrique, les ingénieurs optent pour une turbine à gaz, dérivée de l’aéronautique. Cette solution permet de s’affranchir des lourds investissements en caténaires et sous-stations électriques, tout en offrant une puissance suffisante pour viser des vitesses inédites. Le prototype baptisé TGV 001 sort des ateliers en 1972, conçu comme une rame automotrice articulée, légère et profilée pour limiter la résistance de l’air.
Les années d’essais et les innovations du turbotrain

Entre 1972 et 1974, le TGV 001 enchaîne les campagnes d’essais sur les lignes existantes. Chaque sortie sert à valider un aspect précis : le comportement du turbotrain à haute vitesse, la tenue du poste de conduite face aux vibrations, l’efficacité du freinage à ces allures encore jamais expérimentées en France, ou encore le travail sur l’aérodynamisme du nez et de la carrosserie.
Ces essais nourrissent une base de données technique considérable. Les ingénieurs d’Alsthom et de la SNCF apprennent énormément sur le comportement des rames à grande vitesse, sur les contraintes imposées aux voies, sur les besoins réels en matière de ligne nouvelle dédiée, un savoir-faire industriel que l’on retrouve aujourd’hui dans l’usine Alstom de La Pocatière tournée vers l’industrie 4.0. Sans ce travail, le futur TGV PSE, celui qui entrera en service commercial en 1981, n’aurait jamais pu voir le jour dans des délais aussi courts.
Le tournant qui a tout changé
Le premier choc pétrolier de 1973 rend la turbine à gaz brutalement coûteuse à exploiter. La SNCF bascule alors ses recherches vers la traction électrique, jugée plus économique et plus adaptée à une exploitation commerciale de masse. Le TGV 001 devient, du jour au lendemain, une impasse technologique.
La fin méconnue : de l’abandon au démantèlement
C’est là que l’histoire du TGV 001 prend un tournant que peu de voyageurs connaissent. Le prototype continue de rouler quelques années encore, essentiellement pour des essais complémentaires, mais son avenir commercial est déjà scellé. La décision d’abandonner la turbine à gaz au profit de l’électrique condamne la rame à devenir un simple objet d’étude, sans successeur direct.
Dans les années qui suivent, le train est progressivement retiré du service actif. Une partie de la rame subit une mise au rebut classique, comme n’importe quel matériel roulant en fin de carrière. Les éléments jugés sans valeur technique ou historique sont envoyés en Technicentre pour démantèlement, une pratique courante pour les prototypes qui n’ont pas débouché sur une série. Ce sort, relativement discret à l’époque, explique pourquoi le grand public a longtemps ignoré ce qu’il était advenu de ce train pourtant pionnier.
Ce qui subsiste aujourd’hui du TGV 001

Tout n’a pas disparu. Une motrice du TGV 001 a été préservée et fait aujourd’hui partie du patrimoine ferroviaire français, conservée par des associations et institutions attachées à l’histoire du chemin de fer. Cette conservation permet aux passionnés et aux visiteurs de mesurer, en face à face, à quel point ce prototype ressemblait déjà, dans ses lignes générales, aux TGV qui circulent encore aujourd’hui.
Le tableau suivant résume les grandes étapes de la vie du train :
| Période | Événement |
|---|---|
| 1969-1972 | Conception et construction du projet C03 |
| Décembre 1972 | Record de 252 km/h entre Saint-Pierre-des-Corps et Vendôme |
| 1973 | Choc pétrolier, abandon de la turbine à gaz |
| 1974-1978 | Essais complémentaires puis retrait progressif |
| Après 1978 | Démantèlement partiel, conservation d’une motrice |
Ce que raconte au fond le TGV 001, c’est l’histoire d’un échec technique transformé en réussite industrielle. La turbine à gaz n’a jamais trouvé sa place dans le transport ferroviaire de masse, mais tout ce qu’elle a permis d’apprendre en matière de vitesse, d’aérodynamisme et de sécurité a directement servi à bâtir le réseau à grande vitesse français. Cinquante-quatre ans plus tard, le record de 252 km/h tient toujours, comme un rappel discret que les plus grandes réussites naissent parfois d’un projet qu’on a fini par abandonner.





