mécènes novateurs

La tribune du mécénat performant

Claude Bébéar, Fondateur du réseau IMS-Entreprendre pour la Cité* et Président d’Honneur du groupe AXA

Jean-Paul Bailly, Président d’IMS-Entreprendre pour la Cité* et Président d’Honneur du groupe la Poste

Augustin de Romanet, Président Directeur Général d’Aéroports de Paris, Membre du réseau IMS-Entreprendre pour la Cité*

* devenu Les entreprises pour la Cité en juillet 2016

Pour un mécénat performant…

« Il y a 30 ans, le réseau IMS-Entreprendre pour la Cité se créait autour d’un mouvement, celui du mécénat humanitaire. Quelques dirigeants de grandes entreprises, précurseurs en France, percevaient dans cette nouvelle forme d’engagement les prémices d’un nouveau rôle pour l’entreprise. En prenant en charge de nouvelles missions, l’entreprise ne se situait plus uniquement sur le terrain du mécénat culturel ou du sponsoring sportif, d’ores et déjà répandus en France, mais cherchait à investir les grandes causes de la Société. Les entreprises se mobilisaient pour le « tiers-monde », mais aussi pour ceux qui se trouvaient juste à leurs portes, avec les Restos du cœur ou encore l’ Abbé Pierre .

Les politiques de mécénat sont nées dans le milieu économique pour répondre à une véritable attente de la Société elle-même. Avec la montée de la précarité et le développement du chômage en France, l’entreprise a dû mettre en place des actions concrètes et immédiatement tangibles. Mais il s’agissait également d’une réelle nécessité économique. Pour se développer, l’entreprise devait le faire en favorisant la prospérité de son écosystème. C’était affaire d’intérêts bien compris.

Ce que l’IMS prônait il y a de cela 30 ans est plus que jamais d’actualité. Le mécénat est aujourd’hui traversé par de larges débats. D’un côté, certains pensent que le mécénat doit rester indépendant de tout enjeu business. Il serait le bras désintéressé de l’entreprise, œuvrant uniquement pour l’intérêt général. Pourtant, nous l’affirmons ici, intérêt général et intérêts économiques ne sont pas indissociables ! Bien au contraire, dans le contexte économique actuel, chaque entreprise se doit d’investir dans des projets à fort impact social en veillant à une affectation efficace de ses ressources, y compris celles orientées vers des causes d’intérêt général. Plus l’entreprise trouvera son intérêt à la mise en place de démarches de mécénat et plus les chances de voir ces démarches intégrer durablement la stratégie de l’entreprise se révèleront grandes.

Les entreprises du réseau IMS se tournent de plus en plus, nous l’observons, vers les acteurs de l’intérêt général. Pour elles, les missions de mécénat constituent un outil au service du développement RH de leurs collaborateurs.

Lorsque, par exemple, Accenture confie une mission de mécénat de compétences à l’une de ses équipes, cette mission est évaluée au même titre qu’une mission traditionnelle. Elle est de ce fait complètement intégrée au parcours professionnel et de développement de compétences des salariés. L’entreprise dispose même d’indicateurs de pilotage précis dédiés au temps passé sur ces missions : plus de 5000 jours hommes de mécénat de compétences par an !

Pour les entreprises, les partenariats de solidarité constituent également un vivier d’expérimentations, d’innovations ouvertes. La Fondation PSA par exemple accompagne localement le développement de garages solidaires : des Structures d’Insertion par l’Activité Economique qui s’adressent aux bénéficiaires de minima sociaux ayant besoin de faire réparer, louer ou acheter des véhicules. Cette initiative permet à l’entreprise de mieux saisir les besoins et attentes d’une frange plus vulnérable de la société. Elle concoure à garder l’entreprise en prise avec les usages et comportements émergents dans son domaine d’activité.

Tant dans leur mise en œuvre qu’en termes de finalité, tous ces partenariats créent de la valeur partagée, de la valeur ajoutée, y compris au sens économique du terme. Nous assumons pleinement cette vision décomplexée d’un mécénat utile, d’un mécénat gagnant-gagnant, d’un mécénat performant. Pour la société bien sûr, mais aussi pour l’entreprise ».

Source : Les Echos, avril 2016

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