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Comment valoriser le mécénat de compétences ?
De plus en plus d'entreprises recourent à ce type de volontariat. Difficile d'évaluer encore son impact.
Mettre à profit ses compétences à titre non lucratif pendant ses heures de travail peut encore surprendre. Pourtant, le mécénat de compétences est un "dispositif gagnant/gagnant" selon Antonella Desneux, directrice de la responsabilité sociétale, de la citoyenneté et du développement durable chez SFR. Le mécénat de compétences consiste à "impliquer le salarié par le biais d'actions concrètes", explique Estelle Lauvergne d'IMS - Entreprendre pour la Cité, un réseau de 230 grandes entreprises engagées dans la RSE.
Ainsi, une entreprise met à disposition des salariés volontaires pendant leur temps de travail à des associations partenaires qu'ils ont sélectionnées ensemble. Tout est bon pour valoriser les salariés qui s'engagent: journaux internes, expositions, rencontres...
Par exemple, les collaborateurs de SFR interviennent à travers l'association Passeport Avenir en devenant tuteurs de jeunes issus de milieux modestes et en les accompagnant vers les études supérieures. Ils ont aussi la possibilité de bénéficier de 6 à 15 jours par an sur leur temps de travail pour mener à bien une mission au sein d'une association. Ces journées peuvent ensuite être déduites fiscalement. Intéressant pour les salariés de s'engager à ces conditions. Selon une enquête réalisée lors des Défis Mecenova, organisés par IMS-entreprendre pour la Cité, un tiers des salariés actifs font du bénévolat mais estiment que leur engagement serait facilité si l'entreprise les rendait plus disponibles.
Prêter ses salariés à des associations participe "à leur épanouissement et au développement de leur créativité, explique Charlotte Dekoker, de l'Admical. Le mécénat est aussi pour l'entreprise un moyen de définir son identité, tout en développant des relations avec la société civile". Aux yeux d'Estelle Lauvergne, cela permet aussi à l'entreprise de donner du sens aux activités de ses salariés.
En retour, ils s'attachent à la marque et une meilleure cohésion se met en place entre eux. "C'est un moyen de faire autre chose que ce qui est indiqué sur notre fiche de poste. Et cela favorise aussi le bien-être au sein de Norsys [PME de 250 salariés, ndlr]", constate Mathilde Durie, responsable de l'agence Nord de Norsys. Pour d'autres, comme Olivier Laurenti, directeur clientèle privée internationale de HSBC Private Bank, il y a plusieurs avantages: "tout d'abord, cela permet d'apporter sa contribution mais il y a aussi un effet d'entraînement: ceux qui ne se seraient pas engagés le font en voyant les autres. En juin dernier, j'ai participé à un chantier nature avec l'Office National des Forêts à Rambouillet. Seul le personnel de la banque privée était présent. Cela m'a permis de rencontrer des collaborateurs dans un cadre extérieur", se souvient-il.
"Les collaborateurs deviennent souvent les ambassadeurs du mécénat de compétences", ajoute Charlotte Dekoker. A l'inverse, les entreprises communiquent peu, en externe, sur ces actions.
Chouchouter ses salariés
La Fondation Ernst & Young est particulièrement en pointe sur le sujet. Lancée en 2009, elle a pour vocation la promotion de projets innovants dans les métiers artisanaux. "L'idée était de faire se rencontrer deux mondes qui ne se côtoient pas", explique Fabienne Marqueste, déléguée générale de la Fondation d'entreprise Ernst & Young. "Les métiers à fort savoir-faire manuel supposent généralement en France que les personnes n'ont pas réalisé de longues études, contrairement aux employés d'Ernst & Young pour qui le temps c'est de l'argent", poursuit-elle.
Ainsi, les collaborateurs d'Ernst & Young apportent leurs compétences à des porteurs de projets, qu'ils soient des particuliers ou des associations. Par exemple, une brodeuse de textile d'une trentaine d'années a présenté son projet à la fondation, se souvient Fabienne Marqueste: "elle ne savait pas comment développer son entreprise au niveau juridique ou fiscal. Nous l'avons aidée à se poser les bonnes questions et avons mis autour d'elle des personnes spécialisées dans la fiscalité".
Pour attirer les collaborateurs afin qu'ils participent à l'élaboration de ces projets, un code a été créé "qui leur permet de 'charger le temps' [compter les heures, ndlr] passé sur les missions". Tous les ans, le président de l'entreprise envoie un message aux "parrains" [chaque salarié de E&Y a un parrain qui n'est pas son responsable] de ces salariés engagés pour leur signaler les actions menées et "rappeler que la fondation est importante pour l'entreprise". Une intervention qui est ensuite prise en compte au moment de l'évaluation annuelle.
Intégré au projet économique
Des méthodes que n'approuvent pas toutes les entreprises. Par exemple, Chantal Monvois, déléguée générale de la Fondation VINCI pour la Cité, explique que "la valorisation du temps passé par les collaborateurs n'est volontairement pas calculée". Le groupe leur permet - "le plus souvent des cadres car il est moins évident pour les compagnons sur les chantiers de s'absenter quelques heures au profit d'une association", précise Chantal Monvois- d'aider à la mise en place de projets sur les territoires où les entreprises VINCI sont présentes.
Pour VINCI, ces actions menées sur le terrain auprès des associations font "partie de son projet social et sociétal, en cohérence avec son projet économique". Elles jouissent d'une forte communication en interne, afin de clairement valoriser les collaborateurs dans ce rôle et aussi d'en recruter de nouveaux.
Parfois, ce sont ces salariés qui refusent que l'on communique sur leur engagement. "Personnellement, je serais pour une communication interne plus forte, mais pas pour que l'on en tienne compte au moment des évaluations. Mais beaucoup des collaborateurs ne veulent pas que cela se sache car ils estiment que cela fait partie de la vision globale de Norsys", raconte de son côté Sylvain Breuzard, président et fondateur de cette société qui ne met en place aucune valorisation des actions.
Cette PME de 250 salariés a tout d'une grande. Spécialisée en conseil informatique, cette société de service en ingénierie informatique (SSII) a une forte politique de mécénat d'entreprise et de mécénat de compétences depuis 1996. En mars 2011, elle a été récompensée par le Trophée Mecenova dans la catégorie PME pour son engagement dans l'éducation et l'accès à l'emploi.
Dans ses locaux, l'entreprise reçoit, par exemple, des personnes à faible qualification pour leur offrir une formation à Internet ou les préparer à passer un entretien. Des journées auxquelles Mathilde Durie a participé. Elle a intégré l'entreprise en 2007 sans savoir que du mécénat de compétences était proposé. Pour elle, il s'agit d'une "expérience humaine. Cela me permet de rencontrer des personnes qui ont une problématique en lien avec mon métier. Je leur apporte mon expérience et ils m'apportent une richesse humaine". Un engagement qui est tout à fait normal, selon Sylvain Breuzard et décidé par les employés de Norsys, dans une démarche altruiste qui rend les salariés très attachés à leur entreprise.
Un mouvement lent
En 2010, seul 21% des 35.000 entreprises mécènes en France proposent du mécénat de compétences à leurs salariés, selon une enquête de l'Admical. "Le mouvement est encore lent, mais il est certain", commente Estelle Lauvergne, de IMS-Entreprendre pour la Cité qui a organisé fin juin les Défis Mecenova, une semaine de défis pour donner aux salariés "le goût d'agir" à l'occasion de l'Année européenne du bénévolat et du volontariat.
Pendant 5 jours, des salariés de 32 entreprises ont pédalé ou encore cuisiné au profit d'associations. "Il n'y a aucune concurrence entre les participants, a-t-elle constaté. Tout le monde est là pour aider et comprend que si on s'y met tous, on peut arriver à faire quelque chose". Car tous s'accordent sur un point : la logique économique pure ne permet pas le bon développement des projets sociétaux.
Ainsi, une entreprise met à disposition des salariés volontaires pendant leur temps de travail à des associations partenaires qu'ils ont sélectionnées ensemble. Tout est bon pour valoriser les salariés qui s'engagent: journaux internes, expositions, rencontres...
Par exemple, les collaborateurs de SFR interviennent à travers l'association Passeport Avenir en devenant tuteurs de jeunes issus de milieux modestes et en les accompagnant vers les études supérieures. Ils ont aussi la possibilité de bénéficier de 6 à 15 jours par an sur leur temps de travail pour mener à bien une mission au sein d'une association. Ces journées peuvent ensuite être déduites fiscalement. Intéressant pour les salariés de s'engager à ces conditions. Selon une enquête réalisée lors des Défis Mecenova, organisés par IMS-entreprendre pour la Cité, un tiers des salariés actifs font du bénévolat mais estiment que leur engagement serait facilité si l'entreprise les rendait plus disponibles.
Prêter ses salariés à des associations participe "à leur épanouissement et au développement de leur créativité, explique Charlotte Dekoker, de l'Admical. Le mécénat est aussi pour l'entreprise un moyen de définir son identité, tout en développant des relations avec la société civile". Aux yeux d'Estelle Lauvergne, cela permet aussi à l'entreprise de donner du sens aux activités de ses salariés.
En retour, ils s'attachent à la marque et une meilleure cohésion se met en place entre eux. "C'est un moyen de faire autre chose que ce qui est indiqué sur notre fiche de poste. Et cela favorise aussi le bien-être au sein de Norsys [PME de 250 salariés, ndlr]", constate Mathilde Durie, responsable de l'agence Nord de Norsys. Pour d'autres, comme Olivier Laurenti, directeur clientèle privée internationale de HSBC Private Bank, il y a plusieurs avantages: "tout d'abord, cela permet d'apporter sa contribution mais il y a aussi un effet d'entraînement: ceux qui ne se seraient pas engagés le font en voyant les autres. En juin dernier, j'ai participé à un chantier nature avec l'Office National des Forêts à Rambouillet. Seul le personnel de la banque privée était présent. Cela m'a permis de rencontrer des collaborateurs dans un cadre extérieur", se souvient-il.
"Les collaborateurs deviennent souvent les ambassadeurs du mécénat de compétences", ajoute Charlotte Dekoker. A l'inverse, les entreprises communiquent peu, en externe, sur ces actions.
Chouchouter ses salariés
La Fondation Ernst & Young est particulièrement en pointe sur le sujet. Lancée en 2009, elle a pour vocation la promotion de projets innovants dans les métiers artisanaux. "L'idée était de faire se rencontrer deux mondes qui ne se côtoient pas", explique Fabienne Marqueste, déléguée générale de la Fondation d'entreprise Ernst & Young. "Les métiers à fort savoir-faire manuel supposent généralement en France que les personnes n'ont pas réalisé de longues études, contrairement aux employés d'Ernst & Young pour qui le temps c'est de l'argent", poursuit-elle.
Ainsi, les collaborateurs d'Ernst & Young apportent leurs compétences à des porteurs de projets, qu'ils soient des particuliers ou des associations. Par exemple, une brodeuse de textile d'une trentaine d'années a présenté son projet à la fondation, se souvient Fabienne Marqueste: "elle ne savait pas comment développer son entreprise au niveau juridique ou fiscal. Nous l'avons aidée à se poser les bonnes questions et avons mis autour d'elle des personnes spécialisées dans la fiscalité".
Pour attirer les collaborateurs afin qu'ils participent à l'élaboration de ces projets, un code a été créé "qui leur permet de 'charger le temps' [compter les heures, ndlr] passé sur les missions". Tous les ans, le président de l'entreprise envoie un message aux "parrains" [chaque salarié de E&Y a un parrain qui n'est pas son responsable] de ces salariés engagés pour leur signaler les actions menées et "rappeler que la fondation est importante pour l'entreprise". Une intervention qui est ensuite prise en compte au moment de l'évaluation annuelle.
Intégré au projet économique
Des méthodes que n'approuvent pas toutes les entreprises. Par exemple, Chantal Monvois, déléguée générale de la Fondation VINCI pour la Cité, explique que "la valorisation du temps passé par les collaborateurs n'est volontairement pas calculée". Le groupe leur permet - "le plus souvent des cadres car il est moins évident pour les compagnons sur les chantiers de s'absenter quelques heures au profit d'une association", précise Chantal Monvois- d'aider à la mise en place de projets sur les territoires où les entreprises VINCI sont présentes.
Pour VINCI, ces actions menées sur le terrain auprès des associations font "partie de son projet social et sociétal, en cohérence avec son projet économique". Elles jouissent d'une forte communication en interne, afin de clairement valoriser les collaborateurs dans ce rôle et aussi d'en recruter de nouveaux.
Parfois, ce sont ces salariés qui refusent que l'on communique sur leur engagement. "Personnellement, je serais pour une communication interne plus forte, mais pas pour que l'on en tienne compte au moment des évaluations. Mais beaucoup des collaborateurs ne veulent pas que cela se sache car ils estiment que cela fait partie de la vision globale de Norsys", raconte de son côté Sylvain Breuzard, président et fondateur de cette société qui ne met en place aucune valorisation des actions.
Cette PME de 250 salariés a tout d'une grande. Spécialisée en conseil informatique, cette société de service en ingénierie informatique (SSII) a une forte politique de mécénat d'entreprise et de mécénat de compétences depuis 1996. En mars 2011, elle a été récompensée par le Trophée Mecenova dans la catégorie PME pour son engagement dans l'éducation et l'accès à l'emploi.
Dans ses locaux, l'entreprise reçoit, par exemple, des personnes à faible qualification pour leur offrir une formation à Internet ou les préparer à passer un entretien. Des journées auxquelles Mathilde Durie a participé. Elle a intégré l'entreprise en 2007 sans savoir que du mécénat de compétences était proposé. Pour elle, il s'agit d'une "expérience humaine. Cela me permet de rencontrer des personnes qui ont une problématique en lien avec mon métier. Je leur apporte mon expérience et ils m'apportent une richesse humaine". Un engagement qui est tout à fait normal, selon Sylvain Breuzard et décidé par les employés de Norsys, dans une démarche altruiste qui rend les salariés très attachés à leur entreprise.
Un mouvement lent
En 2010, seul 21% des 35.000 entreprises mécènes en France proposent du mécénat de compétences à leurs salariés, selon une enquête de l'Admical. "Le mouvement est encore lent, mais il est certain", commente Estelle Lauvergne, de IMS-Entreprendre pour la Cité qui a organisé fin juin les Défis Mecenova, une semaine de défis pour donner aux salariés "le goût d'agir" à l'occasion de l'Année européenne du bénévolat et du volontariat.
Pendant 5 jours, des salariés de 32 entreprises ont pédalé ou encore cuisiné au profit d'associations. "Il n'y a aucune concurrence entre les participants, a-t-elle constaté. Tout le monde est là pour aider et comprend que si on s'y met tous, on peut arriver à faire quelque chose". Car tous s'accordent sur un point : la logique économique pure ne permet pas le bon développement des projets sociétaux.